Quand les séries TV nous enseignent le management

dunod

Création d’entreprise, leadership, marketing, marketing des services, management des hommes, transformation digitale, innovation, etc. : les séries TV, en mettant en lumière toute la complexité des rapports humains, constituent un terreau formidablement décalé pour aborder la vie en entreprise. De fait, le monde du travail et notamment l’univers de l’entreprise sont très présents dans les séries, depuis le Vatican jusqu’aux start-up, en passant par l’hôpital, le cabinet d’avocats, l’entreprise mafieuse ou celle… de pompes funèbres !

C’est à cet exercice de décryptage riche d’enseignements qu’invite l’ouvrage collectif que j’ai eu le plaisir de diriger avec mon complice Benoit AUBERT, directeur de l’ICD : « De MacGyver à Mad Men, quand les séries TV nous enseignent le management ». Je voudrais revenir ici sur quelques « leçons » transversales qui parcourent ce livre tout à la fois sérieux et ludique.[1]

[1] Il est important ici de citer tous nos contributeurs : O. Allal-Cherif, F. de Zanet, R. Duymedjian, E. Le Deley, B. Luciani, O. Moncharmont, M. Pallares, X. Perret, P. Pietyra, B. Ravache et M. Siejka.

L’art d’enseigner, ou l’art de recourir aux paraboles

Le management s’est toujours nourri de paraboles en allant puiser dans l’univers du théâtre (le manager metteur en scène, les rôles que l’on joue face au client…), de l’art plus généralement (le manager chef d’orchestre, la pratique artistique comme métaphore de la créativité, etc.) ou encore du sport (le manager coach de son équipe, le jeu collectif, etc.).

Qu’il s’agisse d’aller chercher l’inspiration, un éclairage sur telle ou telle notion ou encore un ancrage dans un univers passionnel qui aide à dédramatiser certains sujets (la gestion de crise par exemple) en les abordant sous un angle différent favorisant la prise de recul, les raisons en sont multiples. Tout cela a contribué bien sûr à faire évoluer les pédagogies du Management en mobilisant des acteurs, des metteurs en scène ou encore des coachs sportifs et des musiciens.

Dans ce contexte, les séries TV ne sont jamais qu’une forme de parabole déjà mobilisée par d’autres champs des sciences humaines & sociales[1]. Et l’on sait que l’enseignement y recourt depuis très longtemps : il n’y a qu’à relire l’évangile selon St-Matthieu pour se remémorer qu’elles occupent une place particulière depuis près de 2000 ans ! Mais là où les propos du Christ recourent à des images issues de l’imaginaire agro-pastoral (et de la pêche) qui prévalait en ce temps-là (la parabole de l’ivraie, du semeur, du levain, du filet…), les séries télé nous offrent un portefeuille inépuisable de paraboles qui peuvent parler à un public contemporain.

De fait, les séries TV font désormais partie de l’imaginaire collectif et, à ce titre, elle constitue un référentiel commun qui permet de fédérer un lectorat autour de métaphores, de clins d’œil, de personnages, de situations… plus ou moins connus.

 Le management ou la place de l’Homme

Par essence, les séries sont centrées sur des personnages forts, complexes, imbriqués dans des relations tout aussi complexes avec d’autres personnes, ce qui permet de replacer l’Homme et le collectif des femmes et des hommes au cœur de l’entreprise.

Or, les ouvrages de management, qui sont le plus souvent le fait de spécialistes, donnent une image tronquée, hachée, de l’entreprise : à travers ce livre qui, sans couvrir tous les champs donne néanmoins une vision plus globale de l’univers de l’entreprise, plus juste en ce sens, nous voulions aussi lui restituer toute sa richesse, toute sa densité.

De même, les entreprises souffrent d’une hyperspécialisation et de la fameuse culture des silos : il y devient parfois très difficile de dialoguer entre experts ! A travers notre livre, nous voulons contribuer à la diffusion d’une langue commune qui parle de l’entreprise dans sa globalité et non, seulement, d’un domaine bien précis et artificiellement isolé du reste du monde. Un monde dans lequel chacun juge bien de son pré carré, mais souvent mal des cultures qui l’entourent – et où le sens se perd donc.

Mais c’est aussi le caractère universel du management que nous voulons souligner, lui qui tend à se démultiplier en champs spécialisés : management des PME ou des associations, management public territorial, management hospitalier… Certes, il ne s’agit pas de nier les nuances propres à chaque univers, mais il nous semble que ce qui les rapproche (l’Humain, encore une fois) est bien plus essentiel que ce qui les distingue. En ce sens, notre livre s’adresse autant aux managers des entreprises qu’aux acteurs du monde politique, de l’univers hospitalier ou du logement social.

Oser la transgression pour transformer, avec des personnalités singulières comme leaders

Dans toutes les séries dont nous traitons, nombre de personnages centraux qui en font tout le sel et tout le succès – citons rapidement Ray Donovan, Rick Grimes, Tony Soprano, un pape fictionnel ou encore Walter White – sont pour le moins ambivalents voire franchement « borderline » ! Est-ce à dire que des managers doivent agir ainsi ? Evidemment non, mais il me semble qu’une part de transgression (j’ai déjà pu m’exprimer sur ce sujet sur ce même blog) a sa place dans la transformation des entreprises : le mouvement ne peut s’opérer qu’avec des personnalités qui sont un peu en décalage avec la culture de l’entreprise et qui « osent », qui font des choses que les autres n’ont pas entreprises avant eux.

Cette dimension recouvre une réalité plus globale : à savoir que les entreprises, pour se transformer, doivent pouvoir attirer vers elles des talents ayant une personnalité. L’expérience et l’expertise sont une chose, mais la capacité à agir en leader non hiérarchique, à œuvrer au sein d’un collectif, à pouvoir déclencher des choses inédites, à travailler en transverse, à adopter une vraie posture relationnelle… sont autant de qualités dont les entreprises sont de plus en plus friandes.

Les séries TV nous offrent à ce niveau une panoplie de personnalités fortes, attachantes et qui peuvent détonner dans un univers donné – songeons à notre pape fictionnel dans The Young Pope ou à Sherlock Holmes ! S’il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer naïf pour la « singularité à tout prix », il me semble que la focalisation de plus en plus manifeste sur les Soft Skills témoigne bien de cette prise de conscience.

Peut-on rire de tout, même du management ?

L’entreprise, ce domaine du Sérieux par excellence, s’est aussi découverte un besoin de rire, de décalage, d’humour voire de « cool » – cf. tout l’imaginaire qui s’est construit autour des start-up. On le retrouve notamment lors des séminaires d’entreprise ou dans l’aménagement des sièges des entreprises (via des espaces de co-working, une offre de restauration, des lieux de détente…) et nous voulions avec Benoit que cela se vive aussi à travers ce livre : prendre de la hauteur en se prenant moins au sérieux…

Il me semble que les entreprises ont besoin de prendre de la hauteur, de réfléchir, et l’un des paradoxes de l’époque c’est peut-être que dans un monde de plus en plus contraint, où tout s’accélère, elles s’ouvrent de plus en plus au monde académique – j’en veux pour témoignages les chaires qui se sont constituées ces dernières années à Grenoble Ecole de Management, avec des entreprises aussi diverses qu’ARaymond, BNP Paribas Cardif, Orange ou encore Bristol Myers-Squibb.

Pour autant, la recherche et les publications académiques dans les domaines du management sont devenues très pointues, avec un risque réel d’éloignement entre les chercheurs et les praticiens. L’ouvrage se présente donc aussi comme un support pédagogique favorisant une plus grande proximité – de nombreux chapitres sont ainsi le fait de chercheurs reconnus dans leurs domaines respectifs.

 

[1] Citons les ouvrages « The Wire, l’Amérique sur écoute » (édité par le Laboratoire Architecture, ville, urbanisme, environnement, Centre de recherche en épistémologie appliquée, Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales – et les éditions La Découverte, 2014), et « Game of Throne. Série noire », autre livre collectif coordonné cette fois par Mathieu Potte-Bonneville, philosophe et maître de conférences à l’ENS de Lyon (Les prairies ordinaires, 2015).

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