Les générations connectées & l’emploi : marques employeurs, écoutez bien…

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Le baromètre annuel DOMPLUS – BVA sur les jeunes[1] porte cette année sur les préoccupations des moins de 35 ans en matière d’emploi : j’en partage ici quelques insights[2] et l’analyse qu’ils m’inspirent, pour faire écho à celle d’Arnaud VALLIN, directeur usages sociaux & marketing social chez DOMPLUS – coordinateur de ce sondage avec BVA et docteur en sociologie. Où il est question des générations connectées et de leur rapport au travail et à l’entreprise, et, plus que jamais, de l’intérêt d’un management par le care pour les attirer et… les retenir !

[1] Enquête réalisée par Internet auprès d’un échantillon de Français interrogés du 12 au 16 janvier 2018. Echantillon de 1 002 personnes, représentatif de la population française âgée de moins de 35 ans, dont 735 jeunes actifs en emploi. La représentativité de l’échantillon a été assurée grâce à la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, profession du chef de famille et de la personne interrogée, région et catégorie d’agglomération.

[2] Vous pouvez consulter l’intégralité de l’enquête sur le site www.prioritealapersonne.fr

Il est compliqué de réussir sa vie professionnelle : générations connectées mais pas dupes

L’enquête nous apprend que « pour 82% des moins de 35 ans, réussir sa vie professionnelle est compliqué. Un sentiment négatif qui se retrouve dans le fait que si 73% des moins de 35 ans se disent optimistes concernant leur avenir sur le plan personnel, ils ne sont que 58% d’optimistes quant à leur avenir professionnel. »

Ce chiffre vient corroborer un constat que nous dressons chez DOMPLUS, selon lequel les jeunes ont une perception globalement plus négative du contexte sociétal dans lequel ils évoluent et des institutions que leurs aînés. Citons Arnaud : « Pour cette population, les institutions, le collectif, sont plutôt perçus comme des contraintes » ; et d’ajouter : « Si les institutions subissent des critiquent depuis maintenant des décennies, celles-ci n’ont jamais été aussi fortes. Les jeunes comptent plus sur leurs compétences propres que sur une aide extérieure, un soutien des structures collectives ». On retrouve donc bien ici cette « société de défiance » (pour reprendre le titre d’un essai paru il y a 10 ans déjà[1]) qui n’épargne aucune institution.

Dans le cadre des travaux que j’ai pu réaliser sur la Génération Y en lien avec Orange et la chaire que nous avions créé dans le cadre de Grenoble Ecole de Management, j’ai pu dresser un constat similaire à propos du regard très lucide que les jeunes (futurs) diplômés d’une Grande Ecole pouvaient porter sur l’intérêt des réseaux sociaux : ils disaient miser davantage sur la « vraie vie », c’est-à-dire les réseaux de leurs proches et celui que l’école pouvait leur apporter – via les alumni (le réseau des diplômés) notamment – que sur leur visibilité sur les réseaux (dits) sociaux.  

Une vie professionnelle qui peine à générer une satisfaction large et le sentiment de voir les choses différemment de leurs collaborateurs plus âgés

Ainsi, l’enquête nous instruit sur le fait que « seulement 64% des moins de 35 ans se disent satisfaits de leur vie professionnelle (un taux plutôt en deçà des mesures BVA auprès de l’ensemble des actifs, généralement autour de 8 satisfaits sur 10). » Bien plus, « plus de 30% des moins de 35 ans ne sont pas satisfaits de leur vie professionnelle. »

De fait, chez DOMPLUS les échanges entre conseillers et jeunes (âgés de moins de 35 ans) mettent en exergue que la perception de l’emploi a évolué. Pour Arnaud, deux visions coexistent selon le milieu social et/ou le niveau d’étude : « L’emploi c’est un salaire (intérêt financier) versus l’emploi c’est une composante de mon développement personnel et de mon parcours professionnel futur ». Ainsi, pour les jeunes moins diplômés, la dimension financière de l’emploi l’emporte tandis que pour les autres ce sont les perspectives délivrées par l’emploi qui sont les plus importantes.

Il me semble en effet que nos jeunes collaborateurs, pour avoir eux aussi grandi dans un monde où le marché du travail reste contraint, sont particulièrement sensibles à la capacité qu’aura leur employeur de leur permettre d’évoluer, de grandir professionnellement mais aussi sur le plan du développement personnel. Leur employabilité est une réelle préoccupation mais elle doit être comprise en lien avec le souci de trouver un sens à ce qu’ils font au quotidien en entreprise.

Une autre hypothèse, qui peut-être apporte un éclairage à cette observation, c’est que les jeunes collaborateurs découvrent un monde de l’entreprise qui est assez éloigné tout à la fois des belles promesses des « marques employeurs » et du fantasme du « cool » véhiculé par les médias à propos des start-ups et plus globalement des entreprises de l’économie digitale. Non, l’entreprise n’est pas un milieu hostile, mais elle n’est pas non plus le règne de la convivialité candide et des relations aisées… Cette forme de déconvenue – voire de désenchantement – alimenterait ainsi une perception négative et une insatisfaction plus importante.

Bien sûr, cette hypothèse est loin d’épuiser le sujet, et ce qui suit vient enrichir encore un peu le questionnement.

Une génération en attente concernant la conciliation vie personnelle / vie professionnelle

En effet, « les moins de 35 ans se montrent proches de leurs aînés sur la nécessité d’une séparation entre le monde professionnel et la vie personnelle. Pour 88% d’entre eux, il est ainsi indispensable d’établir une frontière entre vie personnelle et vie professionnelle alors que 56% jugent qu’il est difficile aujourd’hui de séparer vie personnelle et vie professionnelle. Pour Arnaud, « ce n’est pas tant la nécessité ou non d’une séparation qui différencie les jeunes de leurs aînés que la manière d’établir cette différence ».

De fait, « il arrive à 54% des moins de 35 ans d’effectuer des tâches personnelles pendant leur travail, à 45% d’effectuer des tâches professionnelles pendant leurs jours de repos et 42% d’entre eux ont parfois le sentiment que leurs préoccupations personnelles les empêchent de se concentrer sur leur vie professionnelle. »

Où il est question de la frontière entre vie pro / vie perso… et de la force des sentiments

Ce résultat vient questionner le brouillage qui existe aujourd’hui sur le positionnement d’une frontière séparant la vie personnelle de la vie professionnelle. De fait, le développement des démarches en faveur des (jeunes) talents, comme l’amélioration de la qualité des lieux de vie au travail (et le développement d’une offre de services associée : vie quotidienne avec les conciergeries, les crèches, les salles de sport et les salles de détente…), tendent à produire un discours et des actes en faveur d’une meilleure conciliation – perçue et vécue, du moins dans certaines entreprises.

Pour autant, cette frontière reste poreuse à mon sens pour les plus jeunes des actifs qui restent fortement en demande de convivialité et de liens sur le lieu de travail – j’ai eu souvent l’occasion de me référer à Michel MAFFESOLI et à son passionnant essai Homo eroticus (CNRS Editions, 2012) : cette société du lien et de l’affect irrigue le monde du travail, où une salle de réunion peut très vite se changer en salle de ping-pong (je l’ai vécu) pour célébrer une victoire de l’équipe de France de football dans le cadre d’un « after-work » !

Mais n’est-ce pas plus simplement l’expression d’une réalité que les générations précédentes avaient fantasmé, quand le monde du travail représentait un autre côté du miroir dont il fallait éloigner les composantes émotionnelles et par trop personnelles ? Ainsi, nos jeunes collaborateurs ne nous rappellent-ils pas combien cette frontière a de tout temps était fragile et qu’elle est le marqueur, en somme, d’une culture du monde du travail vouée au culte productiviste et rationaliste ?

A travers la lecture si stimulante du livre d’Arlie Russel Hochschild dont j’ai eu l’occasion de parler déjà (Le prix des sentiments. Au cœur du travail émotionnel, La Découverte, 2017 – 1983 pour la 1ère parution aux Etats-Unis), on peut enfin s’interroger utilement sur la force tantôt refoulée (« merci de laisser vos sentiments au vestiaire de l’entreprise »), tantôt instrumentalisée par l’employeur lui-même (l’auteur prend appui sur le métier d’hôtesse de l’air), des sentiments dans l’entreprise…

 

[1] Yann ALGAN et Pierre CAHUC, La société de défiance. Comment le modèle français s’autodétruit, éditions de l’ENS, 2007.

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